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23 juin 2026

Festival international Nuits d’Afrique : 40 ans à faire vibrer Montréal aux rythmes du monde

Festival international Nuits d’Afrique : 40 ans à faire vibrer Montréal aux rythmes du monde

Depuis 40 ans, le Festival international Nuits d’Afrique fait vibrer Montréal au rythme des musiques issues des cultures africaines, antillaises et latino-américaines. Produit par les Productions Nuits d’Afrique, organisme fondé en 1987, le festival a joué un rôle déterminant dans la découverte et le rayonnement des musiques du monde au Québec et au Canada. À l’occasion de cette année anniversaire — que partage également la Fondation Musicaction — nous avons rencontré Suzanne Rousseau, directrice générale du Festival international Nuits d’Afrique, pour revenir sur les débuts de cette aventure culturelle exceptionnelle, son évolution et les moments qui ont marqué son histoire.

Dans le cadre de notre série d’entretiens « De vos premières notes à vos plus grandes scènes », j’aimerais revenir aux origines du Festival international Nuits d’Afrique. Comment cette aventure a-t-elle commencé?

Tout a commencé au Balattou, fondé en 1985 par Lamine Touré. On voulait créer un lieu ouvert à tous, et c’est d’ailleurs de là que vient son nom : « Bal à tous ».

En 1987, nous avons décidé de créer un véritable festival de quinze jours consacrés aux musiques du monde. À l’époque, ce genre musical en était encore à ses balbutiements au Québec. Pourtant, les artistes que nous recevions étaient déjà des ailleurs dans le monde. Ils remplissaient des stades à l’international, mais ici, personne ne les connaissait encore. Nous leur offrions une vitrine pour rencontrer un nouveau public.

Je pense notamment à Papa Wemba, Khaled ou encore Baaba Maal, qui sont venus jouer sur la scène du Balattou. Dès le départ, nous avons présenté une programmation de très haut niveau. Les spectacles étaient toujours payants parce que nous voulions que les gens viennent assister à un véritable concert. Il n’a jamais été question de faire de la musique d’ambiance.

À cette époque, tout reposait sur le travail de terrain. Je me souviens aller porter moi-même des cassettes aux stations de radio. Avant le numérique, la radio était pratiquement le seul moyen de faire découvrir les artistes.

Tout ce que nous faisions répondait à une même mission : favoriser la découvrabilité des musiques globales, qu’il s’agisse d’artistes internationaux ou de créateurs établis ici. Avec le temps, le Balattou est devenu une véritable institution. Se faire accepter par la gang du Balattou, c’était presque un gage de qualité artistique.

Depuis 40 ans, comment le festival et le milieu qui l’entoure ont-ils évolué?

Énormément de choses ont changé.

D’abord, la scène locale s’est considérablement développée. Montréal a accueilli de nombreux artistes venus d’ailleurs qui s’y sont établis et y ont construit leur carrière. Aujourd’hui, nous avons une scène locale extrêmement riche.

Le festival a lui aussi beaucoup grandi. Après avoir fonctionné pendant huit ans exclusivement au Balattou, nous avons ajouté une deuxième scène au Club Soda en 1994. Puis, dans les années 1990, nous avons commencé à investir l’espace public en présentant des spectacles extérieurs sur le boulevard Saint-Laurent.

Cette volonté de sortir dans la rue venait notamment du désir de faire une place aux enfants. Je me souviens de familles où les enfants, nés ici d’un parent québécois et d’un parent africain ou antillais, découvraient sur scène une culture qui faisait partie de leur histoire – certains approchaient même M. Touré en l’appelant «papa »! Nous voulions leur permettre de créer ce lien avec leurs origines et de rendre ces cultures accessibles à tous.

À partir de 1996, notre scène extérieure s’est installée au parc Émilie-Gamelin, où elle est demeurée jusqu’en 2011. À cette époque, le site était très différent de ce qu’il est aujourd’hui, mais il est rapidement devenu un lieu emblématique du festival.

Parallèlement, les plus grands noms se produisaient dans des salles comme le Métropolis, le Spectrum ou le Medley. En replongeant récemment dans nos archives, j’ai retrouvé la trace d’un spectacle d’Amadou et Mariam présenté au Medley en 1999.

Un autre moment important a été notre déménagement vers le Quartier des spectacles en 2011. Ce n’était pas une décision simple. Nos habitués venaient à Émilie-Gamelin sans même consulter la programmation : ils savaient qu’ils allaient y faire des découvertes.

Nous avons donc décidé de marquer ce changement avec une programmation exceptionnelle. Cette année-là, nous avons accueilli Kassav’, Meiway, les Soukous Stars et Oumou Sangaré. D’ailleurs, Oumou Sangaré sera de retour cette année pour ouvrir cette édition anniversaire.

Aujourd’hui, notre programmation repose sur trois grandes familles d’artistes. Il y a d’abord les artistes internationaux, qui viennent inspirer le public et les créateurs d’ici. Ensuite, ce que nous appelons affectueusement les « enfants de Nuits d’Afrique » : des artistes comme Djely Tapa, Lorraine Klaasen, Tafa Fanga ou Jab Djab, que nous accompagnons depuis des années et que nous avons vus grandir artistiquement. Enfin, il y a la relève, que nous découvrons notamment grâce au Syli d’Or, notre concours-vitrine qui rassemble chaque année des dizaines d’artistes émergents et qui célébrera bientôt son vingtième anniversaire.

Les musiques globales continuent d’évoluer, elles aussi. Les influences se multiplient et les technologies transforment les pratiques. C’est notamment pour cette raison que nous avons créé les Nuits d’Afrique Sound System, afin de faire une place aux nouvelles esthétiques et aux sonorités électroniques.

Depuis quelques années, le festival réunit également les professionnel.le.s de l’industrie autour du projet La Percée. Comment cette initiative est-elle née?

La Percée est née grâce à Johan Lauret, qui a longtemps travaillé avec nous. Il a commencé comme stagiaire avant d’occuper plusieurs fonctions au sein de l’organisation.

Entre ses mandats au festival, Johan s’est spécialisé dans l’analyse de l’écosystème numérique des projets culturels au Canada. Il voyait dans Nuits d’Afrique un cas particulièrement intéressant en matière de découvrabilité. Son intérêt l’a conduit à lancer La Percée, un projet qui a notamment permis la numérisation de nos archives et la réalisation d’une importante recherche avec le professeur Destiny Tchéhouali de l’UQAM sur la découvrabilité des musiques du monde en ligne.

L’objectif était double: comprendre comment mettre en valeur toute la richesse accumulée par le festival au fil des décennies et la rendre accessible aux nouvelles générations, et par le fait même, étudier les mécanismes de découvrabilité numérique des musiques du monde.

Pour conclure, j’aimerais revenir sur le thème de notre entretien : « De vos premières notes à vos plus grandes scènes ». Quelles sont les scènes les plus marquantes auxquelles le festival a donné vie?

C’est impossible d’en choisir une seule!

Je pense d’abord aux grands spectacles extérieurs gratuits. Ils ont contribué à faire connaître le festival bien au-delà du public déjà initié aux musiques du monde.

Je me souviens particulièrement d’un concert d’Angélique Kidjo présenté sous une pluie battante. Tous les autres événements extérieurs aux alentours avaient été annulés, mais nous avions l’engagement de maintenir le spectacle. Nous avons envoyé un message pour confirmer que le concert aurait lieu malgré la météo et, en très peu de temps, le site s’est rempli. C’était un moment extraordinaire.

Plus récemment, l’agrandissement du site en 2022 a aussi marqué l’histoire du festival. Après la pandémie et les travaux réalisés dans le Quartier des spectacles, nous avons eu l’occasion d’ajouter une deuxième scène extérieure et de plus que doubler la superficie du site. C’était un immense défi, mais aussi une formidable occasion de mettre davantage en valeur l’expérience du festival, notamment le Marché Tombouctou, qui fait partie intégrante de chaque édition.

Je crois que ce dont nous sommes le plus fiers aujourd’hui, c’est d’avoir réussi à grandir tout en préservant l’âme du festival. Après quarante ans, cet esprit de découverte, de rencontre et de partage est toujours aussi vivant.

Productions Nuits d’Afrique reçoit un soutien de Musicaaction dans le programme Dépôt global en initiatives collectives.

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