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4 novembre 2026

Projecteur sur 40 ans de Coup de cœur francophone

Projecteur sur 40 ans de Coup de cœur francophone

Musicaction s’est entretenue avec Alain Chartrand, fondateur et directeur général de Coup de cœur francophone à l’occasion du 40e anniversaire de cet événement phare. Après 40 ans à faire rayonner la chanson francophone et à soutenir sa diffusion au Québec, partout au Canada et à l’international, il quittera ses fonctions à l’issue de cette édition anniversaire. Retour sur les origines du festival, les moments marquants de son histoire et l’héritage qu’il souhaite laisser derrière lui. 

Est-ce que tu peux nous raconter les débuts de Coup de cœur francophone? Comment l’organisation est-elle née et quelle était sa mission à l’origine? 

Tout ça a débuté au milieu des années 1980, une période particulièrement difficile pour la chanson québécoise. C’est l’équipe de la revue Chanson, composée de François Blain, Laurent Legault et moi, qui a rencontré Pierre Larivière, de la Maison de la culture. La légende raconte que c’était à la brasserie La Salle, dans Hochelaga-Maisonneuve, et c’est exact!  

On discutait du fait qu’il n’existait pas d’événement strictement consacré à la chanson francophone à Montréal, qui est quand même un haut lieu de la francophonie en Amérique. C’est de là qu’est née l’idée de créer un festival. 

C’est ainsi que le festival a vu le jour en 1987. Nous nous occupions de la programmation et Pierre, à la Maison de la culture, de la production. Tout a commencé avec quatre spectacles gratuits au cégep de Maisonneuve.  

Déjà, le principe était de présenter des spectacles en doublé, avec en première partie des artistes que l’on souhaitait faire découvrir. L’idée était d’ouvrir le jeu, parce que dans le contexte de l’époque, il fallait être signé par une maison de disques. Et si tu ne passais pas à la radio, les occasions de rencontrer ton public étaient plus limitées. C’est pourquoi nous utilisions beaucoup les premières parties comme tremplin pour les artistes émergent.e.s. Jean Leloup a ainsi fait la première partie de Paparazzi, et Richard Desjardins celle d’Isabelle Mayereau. 

L’idée était donc de faire rayonner la chanson et, pour emprunter un titre de Michel Rivard, de Libérer le Trésor, le trésor étant la création. 

Après 40 ans, qu’est-ce qui fait, selon toi, la force de Coup de cœur francophone? 

La force de Coup de cœur francophone réside dans sa persévérance, notamment dans la poursuite de sa mission de Libérer le Trésor : offrir une plateforme pour permettre à la créativité de se révéler au grand jour. 

Coup de cœur francophone est beaucoup un projet d’alliance. Notre force repose donc aussi sur les partenariats, qui nous ont permis de persévérer et de développer le projet à Montréal, partout au Canada, puis à l’international! Ça nous a permis d’atteindre une bonne vitesse de croisière, tout en conservant notre cœur d’artisan. 

Cette culture d’alliance et de partenariat nous a amenés à développer plusieurs projets au fil des ans. Celui qui nous caractérise le plus est certainement le Réseau Coup de cœur francophone à travers le Canada. Il s’agit de réunir les communautés francophones autour d’un projet commun de diffusion de la chanson francophone. C’est beau de prendre la route, mais notre force réside dans le fait qu’on a réussi à la tenir : on a continué à réunir les gens autour d’un projet commun. 

Ensuite, je dirais que notre force s’articule aussi autour de notre implication dans le milieu. J’ai participé, par exemple, à la renaissance des Francouvertes, dont je suis membre du conseil d’administration depuis presque 20 ans et que je préside. J’ai également été très impliqué auprès de RIDEAU pendant 16 ans et je siège au conseil d’administration du CALQ. 

Bref, il y a cette implication au niveau local, mais aussi le développement de passerelles à l’international, où Coup de cœur francophone a été et demeure un joueur significatif. Je fais partie de celles et ceux qui ont créé la Fédéchanson, et nous sommes impliqués dans différents projets, notamment avec Voix de fête, en Suisse, et les BIS de Nantes, qui permettent la diffusion des artistes canadien.ne.s sur la scène internationale. 

20 ans de Coup de Cœur francophones, 2006, crédit Jean-François LeBlanc

Au fil des quatre décennies de Coup de cœur francophone, est-ce qu’il y a des réalisations qui resteront plus particulièrement gravées dans la mémoire de l’organisation? 

C’est sûr que 40 ans, c’est beaucoup de spectacles et d’initiatives, avec des moments plus difficiles comme de belles réussites! 

Je pense tout de suite au spectacle de première partie de Richard Desjardins, en 1988. Aujourd’hui, c’est assez incroyable d’imaginer une salle de 400 personnes qui n’ont jamais entendu cet artiste et qui le découvrent! Cette édition, après toutes ces années à se côtoyer dans le secteur, il nous fait le privilège d’être présent pour célébrer le 40e anniversaire. C’est le point culminant de plusieurs spectacles que nous avons présentés, dont un au Spectrum, ainsi que la production de Richard Desjardins symphonique, qui a également donné lieu à l’enregistrement d’un album. 

Richard Desjardins en 1996, crédit Jean-François Leblanc

Plusieurs projets ont aussi réuni les créateur,trice.s d’ici et nos homologues français.e.s. Je me rappelle la prestation d’Alain Bashung dans le cadre de Coup de cœur francophone. Je ne sais pas s’il avait déjà présenté un spectacle au Québec, mais nous l’avions programmé au cégep de Maisonneuve. La presse avait titré : Il était une fois Bashung dans l’Est. 

Je pense aussi au projet du Grands 8 franco-québécois, une série de résidences entre la France et le Québec qui culminaient en tournées en France et au Québec. Il y a notamment eu une belle collaboration entre Sylvain Lelièvre et Pierre Barou, lors d’une résidence à Sept-Îles, où ils ont rencontré la famille Cormier et un jeune Louis-Jean aux longs cheveux! 

Alain Bashung en 1995, Crédit Jean-François Leblanc

Un autre bon coup intéressant a été la présentation des Ratés sympathiques, où l’on donnait la scène à des journalistes, tandis que les artistes commentaient leurs prestations à la radio ou dans les journaux. C’était une façon originale de faire parler de la chanson et des artistes, qui a créé des moments assez particuliers! 

Les Raté Sympathiques – 1998 / Le chanteur est le journaliste Sylvain Cormier (Le Devoir). Les choristes journalistes : Marie-Christine Blais, Nathalie Pétrowski et Marie-Christine Trottier crédit Jean-François LeBlanc.

Récemment, tu as annoncé ton départ de Coup de cœur francophone à la suite de cette édition anniversaire. Quel sera, selon toi, ton plus grand legs à titre de directeur général? 

Mon legs, je dirais que c’est l’événement comme tel et la façon dont il rayonne à travers le Canada. Ce sont aussi les initiatives que nous avons poursuivies pendant toutes ces années et qui continueront à vivre. 

Ce que j’ai apporté au festival, c’est également une certaine vision. Revenons plus de 30 ans en arrière : on parlait peu de collaboration entre le Québec et les communautés francophones en situation minoritaire. J’ai toujours estimé que le Québec devait exercer un leadership à cet égard. Je pense que Musicaction a également contribué à donner des moyens spécifiques aux communautés francophones pour leur permettre de se développer, dans un contexte où, parfois, vivre en français tient du sport extrême. 

Mon legs, c’est donc un événement devenu incontournable au Canada : au mois de novembre, c’est Coup de cœur francophone! C’est aussi ma contribution au développement de passerelles durables avec la francophonie au pays et à l’international. 

Parce qu’après tout, en 40 ans, malgré tous les changements dans les façons de consommer la musique, quelque chose demeure : la rencontre entre l’artiste et le public. Et c’est là qu’agit Coup de cœur francophone. 

J’aimerais aussi insister sur la reconnaissance et le privilège d’avoir pu vivre cette aventure. Elle m’a donné beaucoup de liberté dans la façon de développer les projets et de travailler avec des gens que j’apprécie. Comme je le disais dans un petit mot que tu as peut-être lu : 

Je pars le cœur léger, le cœur rempli et néanmoins léger. 

Alain Chartrand, Coup de cœur francophone 2016, crédit Jean-François LeBlanc

En cette édition anniversaire, quel souhait formulerais-tu pour l’avenir du festival alors qu’il souffle ses 40 bougies? 

Particulièrement dans le contexte actuel, où l’on voit ce que les données du commissaire à la langue française nous apprennent sur les écoutes en ligne, il est plus pertinent que jamais de poursuivre la mission de Coup de cœur francophone, avec la vision d’une équipe renouvelée. 

Je ne peux que souhaiter que ça se poursuive, parce que la création demeure, pour moi, une ressource inépuisable. Il y aura toujours besoin de mettre les projecteurs sur la création de la chanson francophone et de développer des formules et des façons de la faire rayonner au Canada et sur la scène internationale. 

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